Luxuosa

Lu-xuo-sa : ces trois syllabes légèrement nauséeuses pourraient désigner une maladie – J’ai attrapé une Luxuosa carabinée –, ou bien, à l’inverse, un médicament – As-tu pris ton Luxuosa ?.

C’est ici le nom d’un gigantesque paquebot de croisière où, sans savoir pourquoi, embarque Lola, belle grue cendrée, sagace et indépendante, chaussée de Converse et portant un sac Tati à rayures rouges et blanches.Comme dans W de Georges Perec, deux récits alternent, chacun trouvant son sens dans le miroir de l’autre : au fil de diverses rencontres, agréables ou terrifiantes, Lola s’aperçoit que ce bâtiment, à la
fois centre commercial et base de loisirs, est régi par un plan business et un système infantilisant Playmobil®. Dans le second récit, imbriqué au premier comme les nuits succèdent aux jours, les cauchemars de Lola tissent une trame sans défaut : y figurent un camp de prisonniers, un centre de tri, un navire évoquant le Luxuosa, d’anodines séances
de gymnastique dégénérant en torture collective, un casino sanglant donnant sur un aquarium à requins.

Une seule pensée obsède alors Lola : s’évader. Sur le mode du conte ou de l’allégorie, ce livre est une fable contemporaine dont la morale serait, pour paraphraser une formule célèbre : Un spectre hante le monde : les loisirs.

Car une utopie inversée cul par-dessus tête se profile à l’horizon de ces pages : dans le meilleur des mondes possible, nous serons bientôt tous sous Luxuosa.