Entre tristesse infinie et ravissants moments de drôlerie.

Par 16 avril 2020 à 15:59

(une chronique de Nicolas Fanuel)

Autobiographique, le récit de Manuel Vilas met l’auteur aux prises avec un événement auquel tout être humain se voit confronté un jour ou l’autre : la disparition de ses parents. Pour Vilas, à la tristesse causée par leur mort s’ajoute le regret d’une époque dorée. Tout était mieux alors : ses parents faisaient partie de sa vie, et même s’ils étaient empreints de défauts, de faiblesses et de manies, leur simple présence rendait son univers cohérent et supportable.

L’Espagne, la ville, les villages les reconnaissaient pour ce qu’ils étaient : de modestes travailleurs, mais qui étaient connus et appréciés dans leur quartier, qui rayonnaient sur leur entourage, qui avaient des amis et de la famille, tous disparus eux aussi.

À présent « que leur parler soit désormais impossible [lui] semble l’évènement le plus spectaculaire de l’univers », l’auteur avoue son incapacité à accepter que ce qui est fini est fini. Une mélancolie profonde, sourde et permanente l’empêche de voir les bons côtés du présent.

D’une sincérité désarmante, Vilas retrace son quotidien et c’est comme si nous étions invités à lire son journal intime. Son texte s’impose de manière douce, les fragments non datés se suivent sans logique apparente et parfois nous perdent. Mais jamais longtemps, à chaque fois surgissent des passages d’une beauté renversante et qui nous remettent le pied à l’étrier. Que ce soit son enfance, son mariage, le travail de son père, sa propre paternité -qu’il met sans cesse en parallèle avec la relation qu’il avait avec ses parents- ou la mort, sujet qui traverse tout l’ouvrage, la plongée se révèle douce-amère, entre tristesse infinie et ravissants moments de drôlerie.