Kaléidoscope

Par 16 avril 2020 à 16:19

(une chronique de Nicolas Fanuel)

Dans ce nouveau roman, Marcus Malte (« Garden of love », « Canisses » ou encore « Le garçon ») nous dresse le portrait d’une dizaine de personnages dont le seul point commun est de se trouver au même moment quelque part sur une autoroute française.

Certains sont à l’arrêt sur une aire de repos, d’autres en voiture, un autre en camion. Pendant quelques heures, ils vont nous raconter leur vie, comment ils la gagnent, comment elle leur pèse, ce qui les fait tenir le coup ou les projets qui les habitent. Il y a l’écrivain qui voyage sans but, la femme d’affaire au cœur sec, l’ancienne syndicaliste vigoureusement critique, la jeune catholique fervente ou encore l’ingénieur chimiste obligé de conduire un poids lourd pour gagner sa vie.

Véritable kaléidoscope, le roman nous renvoie à notre époque, à ses travers et ses absurdités en empruntant largement la voie d’un humour à tout le moins caustique, si pas parfois volontairement lourdingue. Ainsi des extraits de bulletin d’information ou des publicités qui interrompent constamment le récit des intervenants et dont le télescopage avec leurs discours incite régulièrement à sourire.

Alors qu’elles nous paraissent parfois relever de la fantaisie pure, Marcus Malte assurait dans une interview récente que toutes les informations parsemant son récit étaient rigoureusement exactes. Voilà qui ne manquera pas de vous interpeller, tout comme la multitude de sous-intrigues également racontées par les personnages et qui donnent au roman un petit goût des « Microfictions » de Régis Jauffret. Dense et passionnant, d’une créativité et d’une originalité renversantes, voilà un roman qui confirme tout le bien que nous pensions déjà de cet auteur aux yeux grands ouverts, à une époque qui pousse plutôt à se fiche la tête dans le sable.