Repas de famille

Par 16 avril 2020 à 16:41

(une chronique de France Thomson)

Par un bel après-midi d’octobre, Paul Dunoyer accueille dans sa maison qu’il aime tant, ses nombreux frères et sœurs. Parmi les invités, on retrouve également ses enfants à lui, pour certains devenus parents, et ses deux ex-femmes.

Tous - sauf son frère aîné - ont répondu à son invitation de se revoir après de longues années pendant lesquelles ses sœurs et frères ont refusé de lui adresser la parole. Pas un mot, un geste parce que Paul avait choisi d’écrire sur sa famille ou plutôt sur leur histoire familiale à tous et sur leur enfance désastreuse. Quand le livre fut publié, aucun membre de la fratrie ne comprit sa démarche. Pour Paul, ce fut pourtant un exercice salvateur qui l’empêcha de sombrer et qu’il poursuivit ensuite au travers d’autres ouvrages. Un signe, certainement, qu’il ne s’agissait pas d’un caprice ou d’une simple élucubration.

Aujourd’hui, attablés chez Paul, même si l’envie de retisser les liens familiaux est bien présente, comment chacun va-t-il réagir ? Reparler du passé ? L’écriture, les livres, la fratrie, leur enfance, faire la connaissance des plus jeunes ? Rien ne laisse présager du déroulement de cette journée…

Quelle plume élégante que celle de Lionel Duroy qui, avec beaucoup de délicatesse, revient, en l’espace d’un dîner sur l’histoire douloureuse de cette fratrie et détaille avec justesse et finesse chacun des protagonistes. Des hommes et des femmes unis par des liens indéfectibles, chacun avec leur propre personnalité, qui n’ont pas forcément ressenti les choses comme Paul, le narrateur. Cette plongée dans leur histoire familiale va mettre à jour affinités, jalousies, souffrances, non-dits, ressentiments et révéler des destins différents, entre nostalgie et résilience. Un roman sensible à découvrir sans plus attendre.