Ce que nous voulons faire de nos vies

Par 18 avril 2020 à 16:12

(une chronique de Nicolas Fanuel)

La quarantaine, sûr de lui, Vincent Renard est un proctologue reconnu. En instance de divorce, il jongle entre une maîtresse qui le harcelle de manière plutôt agréable, une femme qui le met à l’épreuve et leur fillette d’une petite dizaine d’années avec qui il entretient une complicité dont il ne pourrait se passer. Alors qu’il assiste avec celle-ci à un match de foot, il croise fortuitement un ancien ami de jeunesse, Kevin Delafosse, alias Kevin La Winne, surnom ironique puisque ce dernier semble toujours avoir été à la traine par rapport à Vincent, dépeint comme meilleur footballeur, meilleur étudiant et plus chanceux en amour. Cette rencontre va faire remonter tout un pan de leur jeunesse commune et surtout, pour Vincent, raviver le souvenir d’un amour mystérieusement disparu à la fin de ses études de médecine.

Avec cette bande dessinée finalement assez réaliste, crue et souvent drôle, les auteurs nous convient à un double choc culturel. Le premier, c’est celui qui intervient entre le monde de Vincent, personnifiant la réussite et l’argent ainsi qu’un désintérêt certain pour ce qui ne le touche pas de près, et celui de Kevin, moins gâté dans sa jeunesse sans doute mais également moins combatif et plus facilement prêt à vivre aux crochets des malchanceux qu’il croise.

Le second choc intervient plus tard, c’est celui de deux conceptions de la médecine, celle qui fait vivre assez luxueusement celui qui l’exerce sans trop s’interroger, au gré d’une clientèle qui a largement les moyens de le payer et celle qui s’exerce en terrain défavorisé et qui répond à des besoins vitaux, faim, soif, maladies mortelles. Une bande dessinée plus sérieuse qu’il n’y paraît, qui amène finement la réflexion sur ce que nous voulons faire de nos vies, au fil d’une lecture.