Enquête en province

Par 18 avril 2020 à 16:56

(une chronique de Nicolas Fanuel)

C’est presque trente ans après l’assassinat d’Emilie T., très jeune escort-girl retrouvée morte chez elle en 1984, que son meurtrier est arrêté sur base d’analyse d’ADN. Marc Rappaport, un journaliste d’une trentaine d’années, décide de creuser ce fait divers en investiguant sur la personnalité de la jeune femme. Il découvre que cette dernière était originaire d’une petite ville de province, qu’elle avait quittée quelques mois seulement après la mort de son père, atteint d’un cancer. Ce dernier travaillait dans une usine chimique et il ne semble pas être le seul travailleur de cette entreprise à avoir été atteint de la même affection.

Placé sous le sceau du journalisme d’investigation, ce roman d’une auteure allemande détaille, via une intrigue tantôt lente, tantôt nerveuse, les différentes couches qui composent la vie provinciale française, en les comparant aux mœurs parisiennes. Le personnage du journaliste, tiraillé entre engagement amoureux et dévouement intégral à son travail, mais également en perpétuel positionnement par rapport à la figure tutélaire de son défunt grand-père, se trouve particulièrement réussi. Son enquête, durant laquelle il mettra au jour des connexions incestueuses entre monde politique et monde économique, éveille de curieux échos au regard de notre actualité récente.

Une fois de plus, on y constate à quel point un roman peut, grâce au recul que s’accorde son auteur, dresser un portrait nuancé et puissamment évocateur de notre société. Du moins, quand il est réussi, ce qui est le cas ici.